Les Vaudois, enfants gâtés de la démocratie

Lausanne, chef-lieu du canton de Vaud, 135’000 habitants, 83’000 électeurs. Dimanche 13 mars, lors du premier tour des élections communales, seuls 27% de ces citoyens ont voté pour la course à la Municipalité (exécutif).

En d’autres termes, un petit peu plus d’un quart de l’électorat s’est exprimé pour l’enjeu le plus médiatisé du canton. Simple désintérêt d’une population goinfrée de démocratie, fatalité,  flemmardise, voire crise de la démocratie?

A Lausanne, les nombreuses affiches n'auront pas suffi à mobiliser les électeurs. (Photo: Patrick Martin)

Ceux qui voient le bon côté des choses répliqueront que, globalement, le taux de participation à ce scrutin n’a pas beaucoup bougé, malgré l’introduction du vote des étrangers. Pas de chiffre officiel vaudois encore à disposition, mais on devrait être plus proche des 35% que des 40% ; à Genève, où l’on a aussi voté le 13 mars, on sait déjà qu’il est à 39%. On peut aussi arguer que la tendance varie considérablement d’une commune à l’autre et que l’on ne peut donc généraliser, balancé entre les cinq points d’augmentation de la participation à Nyon et autant de baisse à Lausanne.

Malgré tout cela, un malaise subsiste. La Suisse n’est-elle pas championne de la discipline avec, outre les élections, sa célèbre démocratie directe qui ne cesse de solliciter ses citoyens pour un oui ou pour un non? C’est justement cela qui use le système, estimait récemment Marie-Hélène Miauton, directrice de l’institut de sondages MIS Trend, dans le journal Le Temps: la multiplication des scrutins populaires détourne, selon elle, les électeurs du chemin des urnes lorsqu’il s’agit de choisir ses représentants dans les autorités.

La multiplication des objets soumis ces dernières décennies au verdict populaire vient étayer cette thèse. Mais en même temps, moins l’élection est locale, plus elle semble avoir de succès. Les dernières échéances cantonales (Conseil d’Etat et Grand Conseil) ont attiré respectivement 42% des Vaudois et 46% des Genevois. Le taux pour le Conseil national est en hausse depuis 1999, flirtant avec les 50%.

Il est trop facile de fustiger tel ou tel municipal alors que l’on n’a même pas voté pour ou contre lui.

Ce n’est donc pas que l’électeur n’a plus envie d’élire ni de donner son avis, mais plutôt que plus l’enjeu est proche de lui plus il s’en fiche. Comme s’il estimait qu’à l’échelle locale peu importent les couleurs au pouvoir, de toute façon c’est à un autre niveau que cela se décide, dans les gouvernements et parlements nationaux, voire au sein de certains grands conseils d’administration.

Toujours est-il que ce n’est pas le moment de démissionner! La construction d’une salle communale est aussi importante que celle d’un tunnel transalpin. Négliger les pouvoirs publics locaux, c’est décrédibiliser tous ceux qui s’engagent pour que le système fonctionne. Et le système, c’est une bonne partie de notre vie quotidienne : sécurité, formation, aide sociale, etc. Il est trop facile de fustiger tel ou tel municipal alors que l’on n’a même pas voté pour ou contre lui.

Cessons de jouer les enfants gâtés, ces gamins qui ont tellement de jouets qu’ils en deviennent insupportables et suffisants. Ce n’est pas parce que les positions politiques se polarisent à Berne et que l’art du consensus, qui règne dans bien des communes, revêt des atours moins passionnants que les grandes joutes entre tribuns nationaux, qu’il faut négliger les scrutins locaux. Ce ne serait que flemmardise, faisant de l’exercice électoral un luxe réservé à quelques initiés. Comme dirait l’autre, la démocratie est une affaire trop sérieuse pour la laisser aux seuls politiciens.