Le peuple doit mettre un terme à la comédie de la concordance

Les élections au Conseil fédéral approchent, mais les traditionnelles élections fantômes battent leur plein : « La population suisse veut que Widmer-Schlumpf reste au Conseil fédéral », pouvait-on lire sur ce même portail il y a peu, en référence à un sondage de la SSR.

Des titres de ce genre ne peuvent que susciter des questions chez leurs lecteurs. Que se passerait-il précisément, si un vote réel sortait de ces élections fantômes ? Pourquoi les Grunder, Levrat, Darbellay et Cie décident-ils des personnes qui dirigent nos concitoyens à la place desdits concitoyens ? Que se passerait-il si les présidents des partis politiques ne pouvaient plus faire valoir leurs prétentions à des sièges mais devaient simplement accepter le résultat d’une élection populaire ? Qu’arriverait-il à la Suisse si l’on mettait un terme aux ratiocinations sur la « concordance arithmétique » pour enfin parler de programmes électoraux et de questions de fond ?

Toutes ces questions se font de plus en plus pressantes compte tenu de la situation obscure et insatisfaisante à l’approche du 14 décembre. Ce jour-là, qu’Eveline Widmer-Schlumpf obtienne un deuxième mandat, que Johann Schneider-Ammann soit envoyé en retraite ou que l’UDC entre dans l’opposition, le Parlement réuni en autorité de nomination produira, comme cela a souvent été le cas récemment, un résultat dont la légitimité est remise en cause par bon nombre de personnalités politiques et une large part de la population. N’est-ce pas là une erreur dangereuse de notre système démocratique, à laquelle il faudrait remédier ?

Andreas Gross, conseiller national PS et adversaire intraitable des élections populaires, a apporté une réponse étonnante à cette question. « Toutes les expériences réalisées en Suisse (cantons !) comme à l’étranger (…) montrent que tous les contre-pouvoirs démocratiques sont affaiblis lorsque le pouvoir exécutif et ses chefs ont la même légitimité », affirme-t-il dans son nouvel ouvrage Über den Herbst hinaus. Et il poursuit : « Le déséquilibre entre les électeurs, le Parlement, le gouvernement et le Tribunal fédéral, qui tend déjà à être trop important en Suisse, serait encore accru au profit du gouvernement, ce qui conduirait à un glissement du pays vers un système autoritaire. »

Récapitulons ce que notre député zurichois déclare ici : selon lui, la Suisse pâtirait du fait que son gouvernement ait la « même légitimité » que son Parlement ! Les cantons sont précisément pour lui l’exemple apparemment négatif de systèmes « autoritaires », avec de petits roitelets régnant sur l’exécutif. Or, c’est exactement le contraire. La plupart des gouvernements cantonaux ne fonctionnent pas moins bien que notre Conseil fédéral, notamment dans leur collaboration avec le pouvoir législatif ; ils fonctionnent même mieux.

Il n’y a plus d’espoir pour le 14 décembre 2011. La prochaine législature sera marquée par l’insatisfaction croissante de bon nombre de personnes, qui se voient lésées de leurs exigences légitimes. Dans le même temps, nous devons urgemment commencer à débattre, sérieusement et sans parti pris, des avantages et des inconvénients d’une élection populaire du Conseil fédéral. Même Andreas Gross admet que les conseillers fédéraux en acquerraient davantage de légitimité qu’actuellement. Et contrairement à ce qu’il prétend, on n’a jamais assez de légitimité.