Les médias aident-ils l’UDC?

Quoi que fassent les médias, on leur reproche de servir l’UDC. S’ils écrivent beaucoup sur les thèmes du parti, ils deviennent les complices de ce dernier. S’ils s’abstiennent, ils maintiennent le tabou sur des sujets sensibles, laissant ainsi le champ libre à l’UDC pour les aborder. S’ils s’élèvent contre l’UDC, ils tombent dans son stratagème en alimentant une spirale de révolte calculée par le parti.

Bien que pertinents de prime abord, ces arguments ne sont pas forcément corrects pour autant. Il en va de même de l’analyse qui affirme que l’UDC doit son succès en premier lieu à un homme politique pur-sang provenant de Herrliberg, à la faiblesse des autres partis, à la publicité provocatrice, au bon flair pour des sujets, ou encore à l’exagération démagogique.

Pratiquement toutes les régions européennes où la prospérité demeure à peu près intacte mais menacée par la globalisation, et qui jouissent d’une forte valeur ajoutée sur la base de leurs PME, composent avec un parti nationaliste ou à orientation patriotique tendant au conservatisme susceptible d’atteindre 30% des voix.

Christoph Blocher, Media-Star.

Tout cela est faux. Même si comme annoncé l’UDC devait parvenir à 30% des suffrages lors des prochaines élections fédérales d’octobre, ce succès ne nécessiterait aucune tentative d’explication trop profonde. Car tout autre résultat serait surprenant et nécessiterait de réelles explications. Pratiquement toutes les régions européennes où la prospérité demeure à peu près intacte mais menacée par la globalisation, et qui jouissent d’une forte valeur ajoutée sur la base de leurs PME, composent avec un parti nationaliste ou à orientation patriotique tendant au conservatisme susceptible d’atteindre 30% des voix. C’est le cas avec la Lega del Nord en Italie, la FPÖ en Autriche, les populistes aux Pays-Bas, ou encore la droite conservatrice en France. Certes, il est vrai que ces partis possèdent souvent à leur tête une personnalité charismatique (Christophe Blocher, Umberto Bossi, Gert Wilders), et subissent des revers momentanés suite à la disparition de leurs leaders (Haider). Mais au bout du compte, cela ne semble pas être si décisif puisqu’ils s’en remettent généralement rapidement à une nouvelle direction ou se regroupent sous un autre nom. C’est le potentiel qui crée la situation matérielle: une relative richesse, qui doit être défendue contre toutes sortes de dangers. Ceci se traduit également idéologiquement par une hostilité latente contre l’immigration. Peu importe que l’explication soit la peur (d’avoir quelque chose à perdre) ou le pouvoir (marquer son propre territoire), le sentiment de base est le même dans tous les cas et peut même, en présence d’enjeux aigus, mobiliser le citoyen qui s’oppose généralement aux décisions de son gouvernement, les estimant arbitraires.

Tout cela constitue, pour l’industrie des médias, une nouvelle rassurante. Si l’UDC continue sa progression cet automne, même de manière écrasante, ce ne sera pas de la faute des médias ; l’ouverture de la Suisse vers le reste du monde ne courra aucun danger. En effet, outre les 30% d’électeurs qui auront choisi l’UDC, 70% auront voté pour d’autres partis, sans compter le nombre tout aussi imposant des abstentionnistes. Ainsi, les médias peuvent continuer sans inquiétude à disserter sur les thèmes favoris de ce parti, à s’en offusquer, à y trouver eux-mêmes du positif si une idée devait se révéler appropriée et constructive. Les médias ne constituent donc pas un soutien à l’ascension électorale de l’UDC.