Femmes en politique: le triomphe du kitsch

Envisageons la situation suivante: les hommes appellent à élire des hommes, uniquement des hommes, autrement dit, à ne pas voter pour les femmes qui se portent candidates aux élections du Conseil national et du Conseil des États. On peut fortement s’imaginer quelles seraient les réactions concernant une telle incitation à la discrimination des sexes: ce serait l’enfer.

Manifestement, le contraire est considéré comme normal. Au début du mois, les associations faîtières féminines et la Commission fédérale pour les questions féminines ont invité les votants de notre pays à donner leur voix aux femmes et non aux hommes – car la politique a besoin de plus de femmes.

On peut lire des choses assez curieuses sur les sites Internet qui plaident en ce moment en faveur d’une élection de femmes, notamment lorsqu’il s’agit d’en expliquer les raisons. Sur le site Les femmes pour l’avenir, la conseillère nationale lucernoise PDC Ida Glanzmann affirme par exemple: «Il faut plus de femmes au Parlement parce qu’elles pensent globalement et mènent une politique objective et compétente.» La conseillère nationale appenzelloise PLR Marianne Kleiner déclare sur le même site: «Il faut plus de femmes au Parlement parce que les femmes sont plus indépendantes en politique.» Et Lucrezia Meier-Schatz, qui siège à la chambre basse pour le PDC de Saint-Gall, fait carrément dans le lyrisme pour nous expliquer le principe politique féminin: «Le regard des femmes est souvent plus complet, plus réaliste, empreint de la recherche de durabilité et du souci des générations futures.»

Si je puis me permettre, cette vision des genres renvoie au kitsch du siècle précédent, à l’image d’un prospectus publicitaire pour un séminaire féministe dans la région du Napf. Cela n’a rien à voir avec la réalité et la politique d’aujourd’hui. Sans compter que la contribution sans doute la plus discutable prononcée jusque-là dans le cadre de la campagne électorale 2011 provient d’une femme: Claudine Esseiva, candidate au Conseil national et secrétaire générale des femmes du PLR, a ôté son pull et son soutien-gorge pour militer, dénudée, en faveur d’un nombre plus élevé de femmes dans la politique et dans l’économie.

Même les femmes se demandent si leurs camarades font vraiment de la meilleure politique à Berne que les hommes.

Un propectus de l'association "Frauen bauen Zukunft" ("Les femmes pour l'avenir").

En fait, les femmes suisses ne sont plus si désireuses d’un siège au Parlement. Comme le montrent les chiffres publiés par la Confédération, la part des femmes parmi les candidats aux élections est en baisse: en 2011, 1131 femmes se présentent, ce qui correspond à un pourcentage de 32,6 %. Or, en 2007, la part de femmes s’élevait encore à 35,1 %. C’est la première fois depuis l’introduction du droit de vote des femmes que le nombre de candidates affiche un recul sensible.

Mais cela n’est pas si grave. Même moi, en tant qu’homme, je peux m’imaginer des activités bien plus passionnantes que celles d’un conseiller national ou d’une conseillère nationale. Et puis, ce qui compte au final, c’est la quote-part des femmes parmi les élus, et non parmi les candidats. À combien celle-ci s’élèvera-t-elle ? On le saura le 23 octobre.

Mais quelques féministes sonnent déjà le tocsin. A commencer par Regula Stämpfli, politologue très active. Voici ce qu’elle a récemment déclaré à la radio: «Les femmes manquent de modèles qui les encourageraient à s’investir dans la politique.»  Quoi? C’est tout à fait culotté d’affirmer une chose pareille alors que quatre membres du Conseil fédéral sur sept sont des femmes. Combien de modèles féminins faut-il encore ?

Peut-être n’en faut-il plus du tout. Car, entre-temps, même les  se demandent si leurs camarades font vraiment de la meilleure politique à Berne que les hommes. Micheline Calmy-Rey notamment, conseillère fédérale sortante, nous a bien démontré, aux femmes comme aux hommes, que les femmes politiques savaient aujourd’hui utiliser leur pouvoir de manière tout aussi égoïste et entêtée que leurs collègues masculins. On peut certes l’interpréter comme le signe d’une émancipation réussie, mais ce n’est pas sur ces critères que l’on recommandera une personne pour une élection.

Au fait, après avoir été dirigé neuf ans par Calmy-Rey, le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) affiche, en 2011, une quote-part de femmes de seulement 23% au niveau des cadres. Et les 15 femmes qui dirigent aujourd’hui une mission suisse (ce qui correspond à une part de 14%) se trouvent dans des pays exotiques comme le Mozambique, Haïti ou l’Ouzbékistan, donc pas forcément au centre du pouvoir. Voilà ce qu’il en est de la promotion des femmes par des femmes.