L’UDC est en train de créer des Suisses de deuxième catégorie

Lorsque j’ai demandé la nationalité suisse au début des années 90, les autorités – après une longue procédure – m’ont accordé le passeport suisse à la fin de l’entretien d’évaluation en disant qu’ils auraient du « fermer les yeux ». En tant qu’adolescente, cela m’était égal si je n’avais apparemment pas l’étoffe d’une « vraie Suissesse ». Le test était réussi, tout allait bien.

Lorsqu’on a été une fois criminel, on le reste pour toujours et on n’est donc pas digne d’avoir le passeport suisse.

Les droits des jeunes étrangers ne doivent-ils pas être les mêmes que ceux des jeunes Suisses face à la loi?

Celui qui veut se faire naturaliser dans le canton de Zurich aura à l’avenir probablement plus de difficultés pour y parvenir. Car la nouvelle loi sur la nationalité, qui a maintenant été validée par le Grand Conseil et qui doit encore être présentée au peuple, est beaucoup plus sévère qu’auparavant. Les étrangers doivent posséder le permis C, ne doivent bénéficier d‘aucune aide sociale et ne pas être au chômage.

Selon l’UDC, les étrangers qui ont commis un crime (y compris vol à l’étalage, cambriolage ou détournement de cartes bancaires) ne doivent pas pouvoir être naturalisés durant toute leur vie – peu importe l’âge qu’ils avaient au moment de commettre le crime ou à quand remontent les faits : lorsqu’on a été une fois criminel, on le reste pour toujours et on n’est donc pas digne d’avoir le passeport suisse.

Une proposition qui convient très bien à l’attitude xénophobe de l’UDC. Comme l’initiative sur le renvoi, cette contre-proposition vise aussi clairement une société à deux vitesses : d’un côté les Suisses, de l’autre les non-Suisses. Où les non-Suisses doivent respecter rigoureusement les règles du jeu définies par les Suisses. S’ils ne le font pas, ils sont expulsés, car ils ne bénéficient que du « droit d’hospitalité » du pays.

Ce terme montre bien comment certains politiciens (Adrian Amstutz, UDC/BE) voient les étrangers : comme des hôtes provisoires. Les gens – peu importe le pays où ils habitent – doivent respecter les lois. Malheureusement, tous ne le font pas, même des Suisses.

Toutefois, cela ne légitime pas le fait de considérer les étrangers comme un mal passager. Ils font partie de la population, mais pas des électeurs. Une telle attitude n’encourage certainement pas l’intégration. C’est inacceptable qu’un groupe de jeunes qui entre la nuit par effraction dans une piscine pour nager quelques longueurs ou qui pique quelques boissons dans un kiosque doive craindre des conséquences juridiques différentes. Alors qu’un Suisse s’en tire dans ce cas relativement bien, un étranger, avec l’insouciance de sa jeunesse, met en jeu les chances d’obtenir un passeport suisse. Comment dit-on déjà ? « Idem ius omnibus » – la même justice pour tous.

Lorsque je me suis fait naturaliser, il y avait à mon école des professeurs qui voulaient nous intimider, nous candidats à la naturalisation, avec des phrases comme « tu sais bien que la commission se renseigne auprès de nous sur ton comportement ». Ces attitudes étaient évidemment ni correctes ni intelligentes. Bien sûr, on ne peut pas mettre tout le corps enseignant suisse dans le même panier avec quelques exemples négatifs. Pourtant, on fournit aux gens la base nécessaire à un abus de pouvoir, alors certains n’hésitent pas à en faire usage.