«S’il vous plaît, pas de questions»

Récemment à Berne. Peu avant midi, les journalistes se permettent d’appeler le numéro des médias du Ministère public de la Confédération pour savoir comment les autorités veulent enquêter sur la Libye. Le Conseil fédéral avait donné auparavant son feu vert pour une procédure pénale dans l’affaire Kadhafi. Il sera difficile de répondre à de simples questions, comme par exemple comment, dans une zone de conflit, on entend trouver et interroger les responsables de la détention de Rachid Hamdani et Max Göldi et combien tout cela va coûter.

La chargée d’information, peu aimable, rouspète; il est midi et il faut lui envoyer un e-mail  avec les questions éventuelles. Ensuite, soit on ne répondra pas du tout aux questions – le mot d’ordre est «procédure en cours» – ou soit on les règlera avec un lien vers un texte juridique général. Le Ministère public n’est de loin pas la seule autorité de l’Administration fédérale à avoir du mal à traiter les questions qui ne lui plaisent pas.

Certains chargés de communication se comportent comme si chaque demande de renseignements représentait un scandale inutile qu’il faut éviter à tout prix

Les médias, traits d'union entre l'Administration fédérale et les citoyens? Ici une forêt de micros lors d'une conférence de presse.

On dicte aux journalistes les questions qu’ils doivent poser, respectivement celles qu’ils doivent absolument éviter. On y répondra de manière évasive ou alors on n’y répondra pas du tout. Et de nombreuses personnes chargées des relations avec les médias se montrent souvent désobligeantes, en oubliant que la plupart des médias ne peuvent poser des questions critiques que si les questions doivent être clarifiées. Les employés de l’administration oublient avant tout qu’ils ont un devoir d’information envers ceux qui financent leurs salaires – les contribuables.

Alors que certains chargés de communication considèrent les médias comme ce qu’ils sont, c’est-à-dire un canal de communication entre l’administration et les citoyens, dans lequel les questions critiques doivent aussi être posées, d’autres se comportent comme si chaque demande de renseignements représentait un scandale inutile qu’il faut éviter à tout prix.

On rembarre régulièrement non seulement les représentants des médias dérangeants mais également les citoyens, bien que la loi sur la transparence soit entrée en vigueur le 1er juillet 2006.  Toute personne peut exiger de consulter des documents administratifs. S’il n’est pas possible de les consulter pour des raisons importantes, la décision doit être justifiée.

L’ancienne ministre de la justice Ruth Metzler a parlé en 2002 d’un «changement de culture», d’une «administration qui sera à l’avenir ouverte et proche des citoyens». Il s’agit de «renforcer la confiance de la population dans l’administration». On exigeait aussi plus de transparence de la part du monde de l’économie.

Cinq ans après l’entrée en vigueur de la loi, certains employés fédéraux ne l’ont toujours pas assimilée, comme le montre une recherche du SonntagsZeitung. On a répondu aux questions des citoyens de manière évasive ou on n’y a pas répondu du tout. Seuls quelques offices fédéraux ont répondu aux questions de manière exemplaire. Ironie du sort, le Ministère public de la Confédération en fait partie.

Au lieu de s’énerver chaque fois que des citoyens ou des journalistes posent des questions embarrassantes, les fonctionnaires fédéraux devraient garder à l’esprit les principes de communication que l’administration a elle-même fixés: le Conseil fédéral et l’Administration fédérale informent activement, en temps utile, objectivement, de manière transparente, véridique et exhaustive et en étant axé sur le dialogue. Aborder des questions qui ne plaisent pas forcément fait aussi parti du dialogue.