Pour une économie plus démocratique

Dans le monde entier, la Suisse est perçue comme la démocratie. Nous, ses citoyens, sommes fiers de pouvoir participer aux prises de décisions politiques aux trois échelons de la vie publique. Qu’il s’agisse de l’expansion du réseau de transports, de la mise en place d’une zone 30 dans un quartier résidentiel ou de questions relatives aux avions de chasse, nous avons notre mot à dire. Pourtant, en matière de démocratisation et de participation, il est urgent d’agir à certains égards. Dans le monde moderne, la démocratie est la promesse pour tout un chacun de pouvoir participer à la prise de décisions. Mais qu’en est-il au sein de nos entreprises, sur nos lieux de travail: sommes-nous véritablement impliqués?

L’environnement professionnel occupe une place considérable dans notre vie: en effet, la plupart d’entre nous passent pas moins de 40 heures par semaine au travail. Ce dernier représente littéralement la moitié de notre vie. Pourtant, le système économique actuel ne tient pas compte de cette réalité. Il est gouverné par les intérêts de ceux qui détiennent les ressources. La maximisation du profit et la logique de marché ont pris le pas sur le bien-être de ceux qui contribuent à la réussite des entreprises, sur les nécessités sociales et sur l’environnement. Bien loin de profiter à tous, la prospérité et la richesse sont réservées à quelques individus très fortunés – et la tendance s’accentue. Les dernières votations populaires ont d’ailleurs souligné l’ampleur de l’échec du modèle néolibéral de l’élite économique bourgeoise. Le succès ou la dangerosité des initiatives populaires «radicales», telles que l’initiative contre l’immigration de masse ou Ecopop témoignent de la perte de confiance – parfaitement justifiée – vis-à-vis des dirigeants économiques narcissiques.

Bien loin de profiter à tous, la prospérité et la richesse sont réservées à quelques individus très fortunés.

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Un monde du travail où seule l’élite économique est heureuse – pourquoi permettons-nous encore cela? Image/Gaëtan Bally/Keystone.

Que faire pour contrer cette tendance? Comment mettre l’économie au service des citoyens? Dans le contexte de la mondialisation galopante de l’économie, il est impératif de se réapproprier le pouvoir de la politique. Mais il ne faut pas en rester là. L’enjeu consiste à permettre aux citoyens de véritablement participer et à leur garantir des droits de codécision. Différents exemples d’entreprises organisées selon un modèle démocratique et ayant adopté une approche raisonnable montrent qu’une autre économie est possible. Une économie sociale, solidaire, écologique. Ces entreprises misent davantage sur le collectif, au profit de leur réussite. En cas de problème, pas question de céder à la facilité et de procéder à des coupes claires ou à des licenciements: la clé réside dans la recherche commune de solutions durables. Il est par conséquent impératif de mettre en place les conditions-cadres nécessaires pour que ces modèles économiques deviennent la norme.

Malgré un taux peu élevé, le spectre du chômage provoque une forte inquiétude en Suisse, comme en témoigne le dernier Baromètre des préoccupations de Credit Suisse. Cette crainte est alimentée par le constat concret que nous ne sommes pas maîtres de notre sort. Que nous n’avons pas voix au chapitre. Chaque jour, nous mesurons le degré de précarité de l’existence matérielle et de tout ce qui en découle. De plus en plus de nos concitoyens sont menacés de perdre de leur emploi, malgré une formation de qualité et un travail accompli consciencieusement. Pourquoi tolérons-nous cela?

Si ces problèmes ne sont pas réservés aux grandes entreprises, leur présence y est malgré tout très prononcée: quelle que soit la qualité du travail que l’on fournit et même lorsque l’entreprise enregistre des bénéfices, si ceux-ci ne sont pas assez importants aux yeux des hauts dirigeants, des conseillers ou des investisseurs, le risque du licenciement plane. On fait alors preuve de flexibilité, on essaye de plaire et on encaisse la frustration des injustices vécues ainsi que du travail dénué de sens et toujours plus bureaucratique. Ou alors on la rejette sur quelqu’un d’autre. Ainsi, la frustration et la colère sont (encore) bien trop souvent dirigées vers les plus petits que soi – les étrangers et les plus faibles sur le plan social, plutôt que vers ceux qui nous dominent: les profiteurs du système actuel.

Les citoyens doivent constater par eux-mêmes qu’ils ont le pouvoir de participer aux décisions relatives à leur propre vie. Pourtant, si cette condition est essentielle pour une société ouverte et solidaire, c’est précisément cela qui a été négligé au cours des dernières décennies. Voilà pourquoi nous nous engageons en faveur d’une démocratie plus large et plus forte. Une démocratie qui intègre également la sphère économique et qui lui octroie le rôle qu’elle devrait jouer: celui d’une composante productive de la vie, une vie de qualité fondée sur l’autodétermination au sein de la société et avec nos concitoyens.