Sans le GSsA, l’armée suisse combattrait en Afrique et en Afghanistan

Afghanistan

Il y a 25 ans, l’initiative populaire «Pour une Suisse sans armée et pour une politique globale de paix» a réussi à mettre fin aux dizaines d’années de domination de la défense spirituelle. Ce succès d’estime aux urnes avait été précédé par l’indicible «opération Diamant». A l’automne 1989, la Suisse a ainsi cessé d’être une armée.

Aucun observateur sérieux n’oserait remettre en question le rôle de protagoniste endossé par le Groupe pour une Suisse sans Armée (GSsA) dans l’abandon de cette forteresse militaire. Il n’oserait pas non plus questionner son effet à long terme: le rejet de l’achat de Gripen le 18 mai 2014. A quelques rares exceptions près, les médias ont honoré dans leurs rapports sur les votations les efforts décisifs du GsSA. En revanche, le troisième succès historique est quelque peu tombé dans l’oubli: l’opposition aux interventions militaires à l’étranger.

A l’automne 1989, la Suisse a ainsi cessé d’être une armée.

Sans le GSsA, les soldats suisses combattraient aujourd’hui aux côtés des troupes de l’OTAN en Afrique, en Afghanistan et dans d’autres pays du monde. En septembre 2009, le projet d’une participation suisse à la lutte contre la piraterie au large des côtes somaliennes a échoué au Conseil national. Grâce à une campagne menée avec les Jeunes Verts et la JS Suisse, le GSsA avait réussi à rallier à sa cause un bon tiers du groupe parlementaire des socialistes. Avec les voix des Verts et de l’UDC, le projet fut ainsi rejeté à la majorité.

Après l’arrêt de l’intervention en Afghanistan fin 2007, la mission militaire dite «opération Atalante» fut balayée. Auparavant, divers comités travaillant sur l’armée et la politique étrangère aspiraient à élargir la présence militaire de trois membres à un détachement entier. Le GSsA parvint à faire chavirer la situation en persuadant les Verts et l’aile gauche du PS du non-sens de ce projet. Face à l’opposition croissante, le gouvernement fédéral décida d’abandonner tout projet de présence militaire en Afghanistan en novembre 2007. Si l’on en croit les documents publiés par Wikileaks, les généraux américains, mais aussi les diplomates suisses, étaient outrés que le Conseil fédéral s’incline devant la pression de gauche et de droite.

Cette nouvelle force du GSsA est le fruit du mouvement anti-guerre de 2003. Juste avant et peu après le début de la guerre en Irak, le GSsA avait participé à l’organisation des plus grandes manifestations de l’histoire de la Suisse. La génération qui est alors arrivée sur les devants de la scène politique a donné au GSsA le dynamisme qui lui a permis de récolter un demi-million de signatures entre 2005 et 2013. Pour court-circuiter l’initiative «Pour l’interdiction d’exporter du matériel de guerre», le Conseil fédéral adopta une ordonnance relativement sévère, qui finit néanmoins par être assouplie suite à la pression du lobby de l’armement.

L’initiative populaire «Pour la protection face à la violence des armes» atteignit un résultat suffisant pour imposer le durcissement de la législation, notamment en matière de mise en relation des registres cantonaux des armes. Retiré juste à temps, le moratoire sur les avions de combat créa les conditions politiques nécessaires pour lancer le référendum contre le Gripen. Malgré son échec aux urnes, l’initiative populaire pour l’abrogation de l’obligation de servir a tout de même permis d’affaiblir la pression exercée sur le service civil.

Un quart de siècle après la votation sur l’abolition de l’armée et six mois après le non au Gripen, les partisans du Mouvement pour la paix font face à des défis d’un nouveau genre. A l’Est comme à l’Ouest de l’Europe, des militaristes attisent les tensions, tandis qu’au Proche-Orient, les effets de la guerre d’Irak sont encore pires que ce qu’avaient prédit les opposants à une intervention militaire. Dans ce contexte, les efforts du GSsA, notamment en matière d’opposition au commerce d’armes avec des Etats en conflit tels que l’Arabie Saoudite, la Russie ou Israël, sont plus importants que jamais.