«J’aime un être humain, pas un homme ou une femme»

Il semblerait que, dans le monde entier, l’homophobie soit de nouveau de bon ton – ce qui ne manque pas de me surprendre. Avec l’acceptation du partenariat enregistré par le peuple, la lutte des homosexuels en Suisse venait justement d’atteindre son apogée. Mais l’égalité absolue a-t-elle été obtenue? Non, car les personnes vivant en partenariat enregistré ne sont par exemple pas autorisées à adopter des enfants, ce qui crée de grandes injustices à l’égard des couples homosexuels par rapport aux hétérosexuels, sans parler des personnes transgenres ou intersexuées.

Nous pensons peut-être ici à la Russie, pays conservateur, lointain et dirigé par un dictateur, Poutine. Ou encore au patron de Barilla qui ne veut pas d’employés homosexuels. Mais que dirons-nous lorsque nous devrons reprendre ces mêmes débats ici en Suisse? Bien qu’il ne s’agisse pas vraiment d’une répression des personnes LGBTI (lesbien, gay, bisexuel, transgenre, intersexe), ces dernières sont néanmoins confrontées à une humiliation supplémentaire:

l’initiative PDC sur les familles intitulée «Pour le couple et la famille – Non à la pénalisation du mariage» exige que l’union entre un homme et une femme soit de nouveau cimentée. Concrètement, le texte vise à supprimer les désavantages des couples mariés en termes de fiscalité et de prévoyance. Une approche qui pourrait sembler raisonnable au premier abord, s’il n’y avait pas ce petit mot «mariage» défini par «l’union entre un homme et une femme».

Maintenant, si le PDC estime que «l’homosexualité n’est pas normale», j’aimerais leur rappeler que leur dieu a aussi créé certains animaux qui vivent toute leur vie en couple homosexuel.

Il est normal que chacun et chacune partage sa vie avec la personne qu’il ou elle aime (AFP / Rodger Bosch)

Il est normal que chacun et chacune partage sa vie avec la personne qu’il ou elle aime (AFP / Rodger Bosch)

Qu’en est-il des couples vivant en partenariat enregistré et des couples homosexuels? Ils sont exclus – explicitement – de la catégorie des «couples mariés». J’ai de nombreux amis – dont beaucoup de femmes – qui vivent en partenariat enregistré. Pour moi, cela va de soi – c’est comme ça, voilà tout. A mes yeux, il est clair que ces personnes ont les mêmes droits que nous, qu’elles devraient pouvoir avoir des enfants, choisir de se marier ou non et travailler où elles le souhaitent. Certaines sont gentilles, d’autres énervantes, bref: elles sont comme nous. Une amie lesbienne m’a dit un jour: «Tu sais, j’aime un être humain, et pas un homme ou une femme.» Je pense que c’est un constat que nous devrions tous prendre à cœur.

Maintenant, si le PDC estime que «l’homosexualité n’est pas normale», j’aimerais leur rappeler que leur dieu a aussi créé certains animaux qui vivent toute leur vie en couple homosexuel. Et il ne s’agit pas juste de quelques animaux exotiques, mais de girafes, de pingouins, de perruches, etc. Je trouve qu’il est normal que chacun et chacune partage sa vie avec la personne qu’il ou elle aime, qu’il ou elle trouve attrayante. Même si certains sont incapables de l’imaginer, il s’agit là de la revendication pour le mariage pour tous et pour les mêmes droits pour tous. Toute personne vivant en partenariat enregistré devrait avoir le droit d’adopter des enfants et de s’en occuper, peu importe qu’elle soit leur parent biologique ou non. Pour les enfants, il est avant tout essentiel d’avoir des parents aimants, peu importe que ceux-ci soient homosexuels ou hétérosexuels.

L’initiative du PDC revient à jeter de l’huile sur le feu. D’un coup, tous les progrès réalisés en la matière sont remis en question, et ce, pas de manière transparente, mais par la petite porte. Le Parlement devra se prononcer sur un contre-projet qui tient compte de tous les modes de vie, pas seulement le mariage. En acceptant ce contre-projet, le PDC aura l’occasion de prouver que le réel enjeu est bien l’élimination des discriminations fiscales et non l’orientation sexuelle. Aime-toi comme ton prochain, peu importe le sexe de l’individu.