L’inquiétude des associations professionnelles n’est pas justifiée

La Suisse est un pays attrayant: son État de droit, sa bonne qualité de vie, ses salaires élevés et sa grande stabilité politique et sociale en font un pays d’émigration de plus en plus convoité. D’après de récentes statistiques, plus de 80 000 personnes ont immigré en Suisse en 2013, soit plus que la population de Lucerne.

Ces flux migratoires ont des conséquences: bus et trains bondés, routes et voies de circulation congestionnées, augmentation des loyers et des prix des terrains, pression salariale, difficultés dans les établissements scolaires et infrastructures saturées. Est-il possible d’offrir un logement à toutes ces personnes tout en protégeant les paysages et le milieu naturel? Est-il normal que le marché immobilier soit tendu et que les loyers et les prix des terrains augmentent au point que les communes doivent désormais financer la construction avec les recettes fiscales afin de permettre à la classe moyenne de se loger? La population attend des réponses claires à ces questions.

La Suisse n’a presque plus aucune marge de manœuvre: les accords internationaux ou les contraintes que nous nous sommes imposées nous empêchent de contrôler l’immigration. Cela doit changer: nous devons avoir la capacité d’agir et de prendre les mesures nécessaires en fonction des circonstances. Tel est l’objectif de l’initiative contre l’immigration massive: la Suisse doit à nouveau pouvoir décider du nombre d’étrangers qui entrent dans le pays et de la provenance de ces immigrés.

Il est grand temps que le Conseil fédéral suive l’exemple du premier ministre britannique et qu’il aborde à nouveau les déséquilibres croissants de la politique migratoire.

La Suisse est un pays attrayant. (Image: Keystone)

La Suisse est un pays attrayant. (Image: Keystone)

Les arguments des opposants à cette initiative sont étranges: la Suisse devrait sa prospérité aux accords bilatéraux signés avec l’Union européenne. Dans leurs brochures, on peut lire que «la prospérité ne cesse de croître depuis l’introduction des accords bilatéraux». Cependant, ces opposants évitent soigneusement de préciser que notre prospérité est le résultat des efforts accomplis au cours du siècle passé alors que la croissance économique réelle a à peine augmenté depuis l’introduction de la liberté de circulation absolue.

La réalité est simple: le fossé entre la Suisse et de nombreux Etats endettés de l’UE se creuse. De nos jours, les avantages offerts par les systèmes de sécurité sociale deviennent de plus en plus le moteur de l’immigration. Les personnes émigrent dans les pays dont ils attendent une meilleure qualité de vie. Cet avertissement a déjà été formulé par David Cameron, le premier ministre britannique, qui avait fait remarquer que la liberté de circulation avait engendré d’importantes vagues migratoires dont les causes sont les profondes inégalités de revenus: «We need to face the fact that free movement has become a trigger for vast population movements caused by huge disparities in income» (Financial Times, 26.11.2013).

Ce constat s’applique encore plus à la Suisse qu’à l’Angleterre . Ceux qui prétendent que l’immigration est uniquement composée de personnes hautement qualifiées se trompent gravement. D’une part, le regroupement familial représente un tiers des immigrés. D’autre part, quand on parle de personnes hautement qualifiées, il faut savoir que la part des jeunes titulaires d’un diplôme de maturité est d’environ 60% dans les pays de l’OCDE. En Italie, ce taux atteint même 76%. Il convient donc d’utiliser le terme «hautement qualifié» avec prudence.

Ceux qui affirment que l’initiative représente un danger pour les accords bilatéraux n’ont certainement pas lu son texte. L’inquiétude des associations professionnelles n’est pas justifiée. Cette initiative est au contraire dans l’intérêt des chefs d’entreprise: ceux qui souhaitent que la Suisse retrouve sa souveraineté en matière d’immigration dans le but de renforcer notre économie de marché libérale doivent approuver l’initiative contre l’immigration de masse. Il est grand temps que le Conseil fédéral suive l’exemple du premier ministre britannique et qu’il aborde à nouveau les déséquilibres croissants de la politique migratoire.