La bière, la saucisse et la politique

La Fête nationale était le moment fort de l’année d’Ueli Maurer. Le président de la Confédération est allé chanter le patriotisme dans neuf communes de Suisse, à l’aise dans cet exercice de communication directe. Il aime le peuple, notre président. Le ministre UDC avait promis que son année serait centrée sur le pays plutôt que sur les relations internationales et il tient parole.

Pour le discours, il a fait tout juste. Après avoir comparé l’Union européenne à l’empire de Napoléon en 2013, Ueli Maurer a trouvé mieux: la Suisse, c’est David contre le géant Goliath. Soyons fiers de nos valeurs ancestrales et ne lâchons rien face aux grandes puissances étrangères. Comme le proclame le pacte fédéral de 1291, n’acceptons pas des juges étrangers. Instant de communion solennelle pour une certaine Suisse, celle qui ne se lasse pas de regarder dans le miroir, d’admirer son drapeau, son histoire, sa mythologie. Le président de la Confédération 2013 est si à l’aise dans cet exercice qu’il faut espérer qu’il s’en tienne là pour la fin de son mandat.

Quand il visite la Chine, comme en juillet, il perd ses repères. Interrogé sur la répression de 1989, il dit: «Je pense que nous pouvions tirer un trait sur cette affaire depuis longtemps.» Il ne voit pas de problème à visiter l’armée chinoise. Tant pis si elle a liquidé un nombre incalculable d’opposants, tant pis si cette dictature répressive est aux antipodes de nos valeurs démocratiques. Les Chinois sont proches de nous, ose même affirmer le ministre UDC, oubliant que le communisme est censé être est la bête noire de son parti.

Les Waldstätten ne nous ont laissé aucune instruction sur les relations compliquées qu’il faut entretenir avec les autres pays dans un monde globalisé.

(Keystone/Sigi Tischler)

Ueli Maurer avant son premier discours du 1er août 2013. (Image : Keystone / Sigi Tischler)

Notre président n’aime pas dire des choses complexes. Or la diplomatie oblige à faire au moins deux phrases au lieu d’une seule. Exercice pénible pour un ministre qui a tendance à sommeiller pendant les débats au Parlement et qui a mis deux ans pour expliquer (sans convaincre) pourquoi il faut acheter le Gripen.

Au début de l’année, à l’occasion de la Journée de l’Holocauste, il parlait de la Suisse comme d’un «refuge pour des milliers de personnes» pendant la Seconde Guerre mondiale. Refusant de compléter le propos, il s’est attiré les foudres des organisations juives avant de présenter ses excuses quelques semaines plus tard.

Le problème de ce président, c’est que le Pacte de 1291 ne dit rien de la Suisse moderne, celle des villes, de l’immigration, du génie scientifique et industriel, de la diplomatie internationale. Les Waldstätten ne nous ont laissé aucune instruction sur les relations compliquées qu’il faut entretenir avec les autres pays dans un monde globalisé.

Le gouvernement doit gérer de nombreuses crises touchant aux accords commerciaux avec les pays étrangers, la libre-circulation, la fiscalité, les transports. On pourrait rêver d’un président capable de parler au nom de ses collègues. Il faut se contenter de fines allusions bibliques et de propos de bistrot. Cette année la fête populaire, la bière et la saucisse passent avant la vision politique.