Fâcher l’Europe, ou fâcher les Suisses?

En activant hier la clause de sauvegarde, le Conseil fédéral n’a pas tenté de ménager la chèvre et le chou. Tant pis pour ce qu’en dira Bruxelles, la Suisse appliquera sans états d’âme les instruments qu’elle a négociés.

Si le Conseil fédéral renvoie l’Europe à ses études, c’est que notre pays n’a plus grand-chose à perdre. Les accords bilatéraux sont au point mort, les relations avec nos plus proches voisins mauvaises. Mais, surtout, la pression exercée par les Etats-Unis et l’OCDE dans le dossier du secret bancaire est telle qu’elle fait passer les rodomontades de Bruxelles pour une simple plaisanterie. Oui, la Suisse a un problème, un énorme problème même, avec sa politique étrangère. Mais activer ou non la clause de sauvegarde n’y changera rien.

Il y a urgence à faire baisser la pression, et le Conseil fédéral semble l’avoir compris.

(Keystone/Marcel Bieri)

La conseillère fédérale Simonetta Sommaruga explique pourquoi le gouvernement doit prendre des mesures sur l'immigration. (Keystone/Marcel Bieri)

Sur le plan intérieur, il en va tout autrement. Sous le flux d’une immigration nourrie tant par l’asile que la libre circulation des personnes, le chaudron du mécontentement populaire bouillonne tous les jours plus fort. Il y a urgence à faire baisser la pression, et le Conseil fédéral semble l’avoir compris.

S’il manque encore de mesures très concrètes, l’appel lancé à l’économie et aux cantons pour mieux intégrer la main-d’œuvre locale est un premier signal. Tout comme l’annonce de projets pour relancer la construction de logements et le développement des infrastructures. Simonetta Sommaruga a raison de dire que seule l’addition de mesures ponctuelles peut répondre aux tensions intérieures. Et éviter le point de rupture que serait le rejet de la libre circulation.

On comprend donc mal l’indignation de la gauche. Certes, la clause de sauvegarde ne sera pas spectaculaire. Mais elle est devenue politiquement indispensable. D’ailleurs, plus personne ne prétend qu’elle sera l’alpha et l’oméga de la politique migratoire suisse. Tout juste un passage obligé.