Managed quoi ?

Les adversaires de la réforme de la santé ont la partie facile. Non seulement le projet est compliqué au point d’être incompréhensible, mais il en a également l’air, grâce à son titre de « managed care ».

Les sondages montrent que de nombreux électeurs ne connaissent pas la signification de l’expression « managed care ». Comme cette vieille dame qui s’en prend au « management care », auquel elle est complètement opposée. Et quelqu’un de poser cette question : « pourquoi n’a-t-on pas choisi un mot français et compréhensible par tous ? »

Depuis, le Parlement a ressassé d’innombrables fois ce projet, l’a trimballé de tous côtés, l’a rejeté puis a repris les consultations à son propos. Des commissions ont planché dessus durant une éternité.

C’est vrai cela, pourquoi ? Apparemment, ce néologisme calqué sur le modèle de santé des États-Unis n’a pas dérangé les parlementaires. Aux États-Unis, les assurances-maladie ont commencé à contrôler les coûts à partir des années 1990, sous la pression croissante de la concurrence. Elles y sont parvenues en passant des accords avec les médecins et les hôpitaux. Cela a intéressé les milieux européens des politiques de santé, et des modèles similaires ont été mis en place de ce côté de l’Atlantique. Le terme de « managed care » a fait son apparition au Parlement suisse en 1997.

C’était il y a 15 ans. Depuis, le Parlement a ressassé d’innombrables fois ce projet, l’a trimballé de tous côtés, l’a rejeté puis a repris les consultations à son propos. Des commissions ont planché dessus durant une éternité. Et jamais personne n’a eu l’idée d’en traduire le titre ? On s’est bien rendu compte que ce n’était pas un bon titre, affirme Ruth Humbel, conseillère nationale PDC et partisane de la première heure. C’est pourquoi la Commission de la santé publique a opté pour le terme de « soins intégrés », et n’a fait que remplacer le terme « managed care » dans le texte de loi, en oubliant tout bonnement le titre.

De gauche à droite, les députés, Ruth Humbel (PDC), Ignazio Cassis (PLR) et Toni Bortoluzzi (UDC), lors d'une présentation du projet le 27 avril 2012. (Image : Keystone)

La conférence de conciliation organisée à l’automne 2011 aurait été la dernière occasion de modifier le titre du projet, et aurait sans doute augmenté de quelques points ses chances de succès. Les « soins intégrés » ne semblent pas très attrayants, mais c’est au moins un terme français. Une meilleure expression aurait pu être : « réseaux de médecins ». Ou encore : « baisse des primes ». Le titre d’un projet ne doit pas forcément refléter son contenu de manière exacte. Prenons par exemple l’« impôt sur les bonus », mis au vote dans le cadre de l’initiative sur les rémunérations. Ce titre suggère que ceux qui touchent des salaires exorbitants devraient mettre davantage la main à la poche, ce qui n’est pas le cas.

L’honnêteté ne paie pas toujours sur le long terme, mais est souvent sanctionnée. Et les tricheurs sont récompensés. En politique tout du moins.